Histoire et patrimoine

Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /2009 12:25

Voici un article, paru dans le journal « Le soleil » du 24 juillet 1908. Il décrit la revue militaire, présidée par le prince de Galles, juste avant la cérémonie de la dédicace des Plaines d’Abraham.

 
Plus de 18,000 hommes de troupes ont défilé devant le Prince de Galles : marins, fantassins, artilleurs, cavaliers, et dans son ensemble, cette manifestation a été admirablement réussie.
 
Un temps idéal – le temps du Roi – favorisait cette démonstration.
 
Dès huit heures et demie, les troupes commencèrent à se diriger vers les plaines d’Abraham. Les marins anglais, puis les marins furent les premiers à arriver. Ils furent les uns et les autres, sur le parcours, l’objet d’enthousiastes ovations. Dès neuf heures, les troupes avaient pris position sur le terrain.
 
La première était formée des marins français, américains, et de divers corps d’infanterie. Cette ligne s’étendait sur toute la longueur du terrain, et présentait un imposant coup d’œil avec ses uniformes variés, aux couleurs éclatantes sur lesquels jouait le soleil.
 
La seconde ligne était formée des troupes d’artillerie et de cavalerie. Les uns et les autres étaient formées en masses profondes sur une compagnie de front. 
 
Aucun de ceux qui ont assisté à cette revue n’oubliera le merveilleux spectacle que présentait ce rassemblement de troupes concentrées sur les Plaines d’Abraham…
 
Les troupes, une fois rendues sur les emplacements, formèrent les faisceaux, et se firent spectatrices intéressées des défilés des autres régiments qui traversaient le terrain, musique en tête. Une ovation fût fait aux  Royal Scots  par leurs frères d’armes.
 
Pendant ce temps, les tribunes se remplissaient rapidement, et le coup d’œil de cette foule où se mêlaient agréablement les costumes des officiers avec les toilettes somptueuses des dams, le tout encadré dans une profusion de drapeaux et de banderoles claquant la brise, offrant un spectacle enchanteur.
 
Au centre des tribunes, et en avant, se dressait le pavillon du Prince., fort gracieusement décoré. Les hôtes de distinction ne tardèrent pas à affluer à cette tribune., et, dès dix heures, lady Grey en fit les honneurs. Nous y avons remarqué l’dmiral Juréguiberry avec son aide de camps, le commandant Lavenir, Sir Frederick Borden, ministre de la milice, en costume officiel, lors Norfolk, M Fairbanks, vice-président des États-Unis, le comte de Loynes, consul général de la France, puis un peu plus tard Sir Wilfrid Laurier dont l’apparition fut le signal de nombreuses acclamations.
 
Sir Wilfrid était accompagné de lady Laurier. Sir Louis Jetté, gouverneur de la province de Québec, et Lord Strathcona étaient aussi au nombre des invités du Prince.
 
A dix heures et demi, le Prince de galles, en uniforme de général de l’armée anglaise, arriva sur le terrain, accompagné d’un brillant état-major, et d’une escorte de cavaliers de la Police-montée. Il s’avança aussitôt devant les tribunes. Dès que l’arrivée du Prince fut signalée, on hissa le drapeau royal sur le kiosque d’honneur, les clairons retentirent, les fanfares jouèrent l’hymne royal, et les troupes se mirent sous les armes. Le Prince commença immédiatement la revue. Il était précédé des officiers d’état-major général et des divers aides de camp, ainsi que de l’inspecteur général, et des membres du conseil de la milice.
 
Le Prince qui montait un magnifique cheval noir, était accompagné de Lord Grey, portant l’uniforme de commandant-en-chef de l’armée canadienne, de lord Roberts, qui tenait en main labâton de maréchal, et du général Pole-Carew. Il était suivi des lords Analy et Dudley, de Sir John Arthur Bigge, de Sir John Hanbury-Williams,
 
Le Prince passa successivement en revue les divers corps de troupes, saluant les étendards des régiments.
 
Les musiques militaires jouèrent presque toutes pendant la revue, l’hymne O Canada, qui fût ainsi et définitivement consacré comme le véritable chant national canadien. D’ailleurs, de l’avis de tous, Français, anglais, Américains, comme Canadiens, cet air magnifique est bien digne d’être adopté comme chant national : il est d,une inspiration vraiment grandiose…
 
Par Claude Rouleau - Publié dans : Histoire et patrimoine - Communauté : Histoire Géographie
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 11:46

Le clocher du petit séminaire de Québec. Les
locaux de l'université Laval s'y trouvait en 1908.

Vous êtes installé au fond de la grande salle de l’université Laval. Au cœur de l’un des plus anciens quartiers de la vieille ville, vous vous retrouvez à l’avant-scène de la vie intellectuelle de Québec. En tant que journaliste, on vous a fourni un carnet d’invitation vous permettant d’assister aux délibérations de la Société Royale du Canada. Cet organisme a pour tâche de promouvoir la culture et les sciences qui ont été réalisées sur le territoire canadien. Il va sans dire qu’en cette année du tricentenaire de la naissance de Québec, les délibérations annuelles de cette vitrine canadienne ont lieu dans la ville de Champlain. Parmi les écrivains et scientifiques de premier plan, il vous sera possible de prendre le pouls des courants idéologiques ayant court au pays. Au fur et à mesure que les jours passent, vous pouvez écouter les propos de ceux qui façonnent la pensée de cet immense pays qui ne demande pas mieux que de proposer sa vision inédite, propre au Canada, à l’ensemble du monde. 

 

Les réunions de ce groupe ont toutes un air convenu. Sur un thème donné, des personnalités francophones et anglophones font une allocution particulière.  Puis, lorsque les discours sont terminés, un écrivain est invité à lire un poème venant appuyer les dires des  précédents orateurs. La soirée, à laquelle vous assistez, est particulièrement intéressante, car pour la circonstance, Pamphile LeMay, un de nos plus fougueux écrivains, nous offre un  poème glorifiant l'explorateur intrépide qu’était Champlain. Cette sommité ,du monde de la littérature, a le mérite d’avoir tenu la direction de la bibliothèque de la législature du gouvernement provincial pendant 25 ans. Il a su reconstituer à deux reprises le fond livresque de cette Institution, après les incendies du parlement québécois. Écrivain prolifique, il laisse un important  héritage constitué d’une œuvre riche en romans, pièces de théâtre et nombreux essais. En plus, il est l’un des membres fondateurs de la Société Royale du Canada. Voici donc,  pour votre plus grand plaisir, un extrait de ce poème lu en juillet 1908, lors de cette soirée mémorable. 

 

 

CHAMPLAIN

 

Le chant des marins

 

Où courez-vous?… Le vent s’élève et le flot roule.

Le départ sonne-t-il?… Vive Dieu!  Quelle foule!

La grève a des sanglots, mais les cieux sont sereins.

Vogue, barque… Écoutez la chanson des marins :

 

Au levant qui se rose ont pâli les étoiles;

La brise matinale agite au loin des eaux.

Alerte, les gabiers!  Hissez toutes les voiles!

La corvette fuira comme les grands oiseaux;

Sans peur mettons le cap vers un lointain rivage.

Adieu, France la grande!  Adieux terre des preux!

Ton nom fera tomber les fers de l’esclavage,

Et passer des éclairs sous les bois ténébreux.

 

Tu berças, vaste mer, notre confiance hardie,

Tes chants nous seront doux sur les bords étrangers;

Notre âme de marin ne s’est pas engourdie,

Et Dieu, qui le sait bien, la garde des étrangers.

Que notre barque, ô mer! comme le champs te laboure!

Ne ressembles-tu pas au sol rude et fécond?

Et n’es-tu pas souvent notre tombeau profond?

 

Maître, mousse, ou gabier, que chacun soit au poste.

Le devoir et l’audace achètent le succès.

Par delà l'océan, va beau navire, Accoste
La terre où germeront, demain, des cœurs français.

Ne gémis pas sur nous, vieille France chrétienne,

Si d’une allègre voix nous te disons adieu.

Nous voulons te grandir encor.  Quoiqu’il advienne,

Nous n’avons rien à craindre avec le Don de Dieu.

 

 

Pamphile LeMay,  Québec  1908.


Par Claude Rouleau - Publié dans : Histoire et patrimoine - Communauté : Histoire Géographie
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Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /2009 11:55

Discours de M. Léon Paradis, étudiant en droit de l’université Laval de Québec, et président du Cercle Saint-Yves.  Ce dernier a été lu, lors de la journée du 19 juillet en 1908, devant le monument de Samuel de Champlain où se trouvait une foule nombreuse.  On voulait démontrer l’appui de la jeunesse face au patriotisme du peuple « canadien-français » pour le tricentenaire de la fondation de Québec.

 

 

Messieurs,

« Il est, dans nos vieilles et nombreuses familles canadiennes-françaises, une belle et touchante coutume.  Chaque année, au premier du jour de l’an, tous les enfants d’un même foyer s’en vont, dès l’aurore, en troupes joyeuses présenter leurs hommages à l’aïeul, au père de la famille, et se ployer sous sa main bienveillante.  Cette cérémonie s’accomplit dans l’intimité du foyer paternel, avant que le bruit des réceptions n’ait rempli la demeure familiale de ses états tapageurs. »

 

« De même, aux premiers jours des fêtes de Champlain, la jeune famille canadienne-française accourt, en foules nombreuses, présenter ses hommages à son premier aïeul, au glorieux fondateur de notre partie. »

 

« Champlain et la jeunesse, c’est l’avenir saluant la passé; c’est le passé éclairant l’avenir. »

 

« En effet, en ces solennités qui marquent notre histoire nationale comme un point lumineux, le jeune Canadien français s’arrête; il s’arrête et contemple, d’un coté, tout ce monde de gloire où vivaient nos aïeux, et , de l’autre, il scrute l’avenir et ses secrets. »

 

« Si loin que son œil peut percer la nuit des temps, il regarde dans le passé; et soudain, une figure héroïque, tout auréolée de gloire, apparaît à ses yeux éblouis : c’est celle de Champlain, le glorieux fondateur de ce pays que l’on nomme aujourd’hui une nation. » 

 

« Et puis c’est devant les yeux, comme en un trait de lumière, toute la galerie de nos grands hommes, de nos héros, de nos martyrs. »

 

« Il voit des scènes tour à tour magnifiques ou horribles : nos premiers ancêtres luttant contre la forêt et l’Iroquois féroce : la civilisation et la foi germant dans le sang des martyrs.  Il voit une colonie pauvre, abandonnée de la France qui en jeta les bases, succombant avec gloire dans un combat inégal et terrible.  Il voit le prêtre, au peuple qui pleure son drapeau montrer la croix qui brille à ses clochers.  Il voit la grande figure de Lafontaine et la conquête de nos libertés constitutionnelles.  Il voit Cartier et le fondation de cette puissance du Canada, où nous grandissons tout en restant nous-mêmes.  Il voit enfin le grain de sénevé semé par Champlain, devenu une forêt, une forêt victorieuse de la cognée perfide et de tous les orages, une forêt poussant toujours plus avant ses racines et plus loin ses branches. »

 

« Oui, nous nous sentons bien chez-nous sur ce sol d’Amérique où nous avons pris racine.  Aussi avec quelle confiance et quelle fierté le jeune Canadien français envisage-t-il l’avenir qui s’offre à lui dans tous l’éblouissement d’un idéal enchanteur. »

 

« Nos ancêtres ont ouvert ce sol à la civilisation; ils nous ont conquis ces libertés constitutionnelles dont nous sommes  justement fiers.  Ne reste-t-il plus rien à faire encore?  Serons-nous donc les témoins oisifs du passé? »

 

« Nous aimons nous représenter le Canada français jouant sur ce sol d’Amérique le rôle de la France en Europe ; nous aimons voir la France, toujours catholique, à la tête de la civilisation.  Que les français canadiens fassent fleurir les lettres, les sciences et les arts sur ce continent, nous le voulons bien. »

 

« Mais l’idéal que nous avons rêvé s’envole encore plus haut. »

 

« Nous voulons pour notre race la puissance et la force qui appelle le respect.  Nous vouons que chez-elle, dans sa riche province, elle soit le cerveau qui conçoit et la main qui féconde.  Car nous croyons que pour grandir, il faut à la nation les sueurs de l’ouvrier aussi bien que l’effort du penseur. »

 

« Répandons à pleine main l’instruction et les lumières parmi le peuple qui peine.  Faisons en sorte que le travailleur, celui de l’atelier et celui de la terre, soit industrieux et pratique, exploitons nous-mêmes les trésors dont la Providence a comblé notre jeune pays.  Et avant longtemps, on verra les immensités de nos régions incultes sillonnées en tous sens de voies de communication et de transport; on verra fleurir sur ces bords le commerce et l’industrie, la prospérité pousser une sève féconde dans toutes les branches de l’arbre social, et nos compatriotes des États-Unis réintégrer leurs foyers déserts. »

 

« Messieurs, je salue dans l’ouvrier canadien-français, le sauveur de la patrie canadienne, le véritable pionnier de son indépendance et de sa grandeur. Et cette grandeur de la patrie, nous sommes convaincus qu’elle prend sa source dans les trésors du passé. »

 

« Notre religion, notre douce langue française, nos institutions et nos lois, ces choses-là sont sacrées comme les vases de l’autel.  Et que jamais un traître ne se lève pour porter sur ces trésors une main sacrilège, car l’on verra alors à l’appel des jeunes, tout un peuple se lever pour flageller le traître. »

 

« Nous soulignons notre loyauté à la Couronne britannique; mais avant le respect de l’Empire, nous plaçons l’intérêt du Canada, notre patrie, et le premier de nos amours est notre chère Province. »

 

« Illustre Champlain, cette Province qui est restée la tienne, nous la voulons française et catholique, nous la voulons digne de toi, digne de la race qui l’habite. »


Par Claude Rouleau - Publié dans : Histoire et patrimoine - Communauté : Histoire Géographie
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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /2009 12:27

Aussitôt que le supérieur de la communauté accepta le « cadeau » de l’évêque du diocèse, il fit venir l’un de ses collègues de manière à pallier au plus pressé.  Les semaines suivantes ont été consacrées à se familiariser avec la faune humaine avoisinante.  Il faut savoir que dans une autre vie, le supérieur de l’ordre a eu la chance d’être secrétaire d’ambassade.   Il prit la peine d’utiliser toutes les ressources de la diplomatie pour rallier les forces vives de la paroisse avec tact et doigté. Il s’est aussi donné la peine de développer une véritable vie associative.  Très rapidement ce lieu est devenu une référence pour ce qui est des groupes sociaux.  Des chevaliers de Colomb en passant par les scouts ou les fermières, il y avait de tout pour se distraire et agir au sein de ce microcosme social.  L’un de ses vicaires a réussi, grâce à une levée de fonds bien orchestrée, à faire construire un centre communautaire d’importance.  De cette manière, l’ensemble des groupes associatifs disposait d’un toit ainsi que de locaux adéquats.  À Limoilou, il fallait faire preuve de mauvaise volonté pour s’ennuyer…   Non contents de créer un florilège d’activités communautaires, les Capucins se sont donné le mandat de mousser la fiertée nationaliste.  Après tout, c’est grâce à leur foi et à leur langue de cette société particulière, si cette communauté religieuse a pu prendre pied dans le Nouveau-Monde.  Ils ont contribué à organiser des fêtes de la St-Jean haute en couleur.  L’ensemble de la paroisse se retrouvait dans la rue, de manière à mousser le nationalisme canadien-français que l’on voulait triomphant. 

 

En quelques années, les Capucins ont réussi à redonner une prospérité à ce faubourg qui peinait à se faire une place.  Grâce à une administration exemplaire et sans faille, ils ont réussi à rembourser la dette en moins de 30 ans.  Ce problème ne les a pas empêchés de développer et d’investir dans de nombreux projets, de manière à donner un fort sentiment d’appartenance à la population.  L’un des leurs s’est même donné la peine de faire publier une histoire de Limoilou, dans les années vingt, qui fait encore référence aujourd’hui. 

 

Non contents de s’incruster dans l’environnement paroissial, ils se sont aussi impliqués au sein du syndicalisme naissant. Ils se sont imposés comme aumôniers dans de nombreuses organisations de travailleurs.  De ce fait, ils ont pris au pied de la lettre l’encyclique « Renum Novarum »  qui incitait les catholiques à prendre d’assaut les mouvements sociaux de masse pour faire barrage au socialisme anticlérical. 

 

Je crois qu’il est possible d’affirmer  que l’arrivée des Capucins  a été une véritable bouffée d’air frais.  Il faut voir l’impact que ces gens ont eu à l’intérieur d’une société désorganisée qui cherchait désespérément sa place. Ça va beaucoup plus loin que la religion.   

 

Par Claude Rouleau - Publié dans : Histoire et patrimoine - Communauté : Histoire Géographie
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Lundi 1 juin 2009 1 01 /06 /2009 12:25

Voilà le diocèse dans de beaux draps!  Une paroisse au grand complet se retrouve sans pasteur.  Comment faire pour redorer le blason de ce coin abandonné et sans ressource…  Il faut agir vite tout en usant de doigté.  Après avoir réfléchi rapidement, l’évêque appelle de toute urgence l’une de ses vielles connaissances.  Il s’agit du supérieur d’une communauté qui souhaite, depuis quelques années, d’avoir un pied-à-terre au Québec.  Malheureusement pour ce dernier, à cause d’une certaine surenchère doublée d’une compétition entre congrégations, il doit attendre le bon vouloir d’un prélat de la « Belle Province ».  Pour l’instant, ils sont installés de l’autre côté de la frontière, dans la région d’Ottawa.  En attendant qu’on lui offre une charge, son ordre reste attentif.  Étant des prédicateurs accomplis, ils sont en contact avec l’ensemble des régions du Québec. Ils espèrent  le moment propice, qui viendra un jour ou l’autre.  Il s’agit des Capucins. 

 

Ces derniers, issus de la grande famille franciscaine, ont dû quitter leur fief en terre française.  La guerre politique a  eu raison des « œuvres » de tout le gotha ecclésiastique de l’Hexagone.   Il faut savoir que lors de la deuxième moitié du XIX siècle la France était séparée entre deux clans. De nombreux individus prônaient un conservatisme enveloppé d’une culture réactionnaire. Une autre catégorie de gens préférait les valeurs républicaines qui penchaient nettement à gauche de l’échiquier politique. Même si les Capucins sont demeurés neutres au sein de ce conflit, car de nombreuses communautés ont pris fait et cause pour les conservateurs, ils ont quand même été emportés par la tourmente comme tous les ordres religieux catholiques  de la « fille aînée de l’église ». Il leur fut interdit d’enseigner, de soigner et d’entreprendre.  Du coup, ils perdirent leurs écoles et  leurs hôpitaux en plus d’être expropriés sans ménagement par un pouvoir républicain et anticlérical revanchard.  Acculés à l’indigence, ils  abandonnent  la France pour se réfugier dans les pays limitrophes.  Certains d’entre eux choisissent de prendre la direction du Nouveau Monde, sachant  qu’ils seront reçus par des alliés.  Très rapidement, après ce coup de force, l’on s’est mis à retrouver du personnel qualifié pour prendre en charge les services sociaux.  Chaque diocèse du Québec pouvait se vanter d’avoir acquis des écoles, des hospices et des hôpitaux, grâce à l’expertise et les capitaux de ces « étrangers » voués au bien-être des corps et des âmes de l’ensemble des ouailles du Canada-Français.   Jusqu’à preuve du contraire les Capucins n’avaient pas encore leurs places. 

 

Lorsque le « prieur » de l’ordre des capucins  fut devant l’évêque de Québec, il a eu plus ou moins 30 minutes pour accepter la cure de la paroisse de Limoilou.  L’enjeu est  de taille.  Il fallait se retrouver sur place presque immédiatement pour assurer les services le plus rapidement possible.  En plus de réorganiser la vie sociale et pastorale de la paroisse, il était impératif de renflouer les coffres du village ruiné.  La dette est de l’ordre 30,000$....  Cette somme représente un montant de plus ou moins 5 millions de dollars en argent d’aujourd’hui!   Alors, sans prendre le temps de consulter les instances supérieures de sa communauté, il accepte sur le champ de relever ce défi.  La saga des Capucins, dans les faubourgs de Québec, vient de débuter…

Par Claude Rouleau - Publié dans : Histoire et patrimoine - Communauté : Histoire Géographie
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