Discours de M. Léon Paradis, étudiant en droit de l’université Laval de Québec, et président du Cercle Saint-Yves. Ce dernier a été lu, lors de la journée du 19 juillet en 1908, devant le monument de Samuel de Champlain où se trouvait une foule nombreuse. On voulait démontrer l’appui de la jeunesse face au patriotisme du peuple « canadien-français » pour le tricentenaire de la fondation de
Québec.
Messieurs,
« Il est, dans nos vieilles et nombreuses familles canadiennes-françaises, une belle et touchante coutume. Chaque année, au premier du jour de l’an, tous les enfants d’un même foyer s’en vont, dès l’aurore, en troupes joyeuses présenter leurs hommages à l’aïeul, au
père de la famille, et se ployer sous sa main bienveillante. Cette cérémonie s’accomplit dans l’intimité du foyer paternel, avant que le
bruit des réceptions n’ait rempli la demeure familiale de ses états tapageurs. »
« De même, aux premiers jours des fêtes de Champlain, la jeune famille canadienne-française accourt, en foules
nombreuses, présenter ses hommages à son premier aïeul, au glorieux fondateur de notre partie. »
« Champlain et la jeunesse, c’est l’avenir saluant la passé; c’est le passé éclairant l’avenir. »
« En effet, en ces solennités qui marquent notre histoire nationale comme un point lumineux, le jeune Canadien français
s’arrête; il s’arrête et contemple, d’un coté, tout ce monde de gloire où vivaient nos aïeux, et , de l’autre, il scrute l’avenir et ses secrets. »
« Si loin que son œil peut percer la nuit des temps, il regarde dans le passé; et soudain, une figure héroïque, tout
auréolée de gloire, apparaît à ses yeux éblouis : c’est celle de Champlain, le glorieux fondateur de ce pays que l’on nomme aujourd’hui une nation. »
« Et puis c’est devant les yeux, comme en un trait de lumière, toute la galerie de nos grands hommes, de nos héros, de
nos martyrs. »
« Il voit des scènes tour à tour magnifiques ou horribles : nos premiers ancêtres luttant contre la forêt et
l’Iroquois féroce : la civilisation et la foi germant dans le sang des martyrs. Il voit une colonie pauvre, abandonnée de la France qui en jeta
les bases, succombant avec gloire dans un combat inégal et terrible. Il voit le prêtre, au peuple qui pleure son drapeau montrer la croix qui brille
à ses clochers. Il voit la grande figure de Lafontaine et la conquête de nos libertés constitutionnelles. Il voit Cartier et le fondation de cette puissance du Canada, où nous grandissons tout en restant nous-mêmes. Il
voit enfin le grain de sénevé semé par Champlain, devenu une forêt, une forêt victorieuse de la cognée perfide et de tous les orages, une forêt poussant toujours plus avant ses racines et plus
loin ses branches. »
« Oui, nous nous sentons bien chez-nous sur ce sol d’Amérique où nous avons pris racine. Aussi avec quelle confiance et quelle fierté le jeune Canadien français envisage-t-il l’avenir qui s’offre à lui dans tous l’éblouissement d’un idéal
enchanteur. »
« Nos ancêtres ont ouvert ce sol à la civilisation; ils nous ont conquis ces libertés constitutionnelles dont nous
sommes justement fiers. Ne reste-t-il plus rien à faire encore? Serons-nous donc les témoins
oisifs du passé? »
« Nous aimons nous représenter le Canada français jouant sur ce sol d’Amérique le rôle de la France en Europe ; nous
aimons voir la France, toujours catholique, à la tête de la civilisation. Que les français canadiens fassent fleurir les lettres, les sciences et les
arts sur ce continent, nous le voulons bien. »
« Mais l’idéal que nous avons rêvé s’envole encore plus haut. »
« Nous voulons pour notre race la puissance et la force qui appelle le respect. Nous vouons que chez-elle, dans sa riche province, elle soit le cerveau qui conçoit et la main qui féconde. Car
nous croyons que pour grandir, il faut à la nation les sueurs de l’ouvrier aussi bien que l’effort du penseur. »
« Répandons à pleine main l’instruction et les lumières parmi le peuple qui peine. Faisons en sorte que le travailleur, celui de l’atelier et celui de la terre, soit industrieux et pratique, exploitons nous-mêmes les trésors dont la Providence
a comblé notre jeune pays. Et avant longtemps, on verra les immensités de nos régions incultes sillonnées en tous sens de voies de communication et
de transport; on verra fleurir sur ces bords le commerce et l’industrie, la prospérité pousser une sève féconde dans toutes les branches de l’arbre social, et nos compatriotes des États-Unis
réintégrer leurs foyers déserts. »
« Messieurs, je salue dans l’ouvrier canadien-français, le sauveur de la patrie canadienne, le véritable pionnier de son
indépendance et de sa grandeur. Et cette grandeur de la patrie, nous sommes convaincus qu’elle prend sa source dans les trésors du passé. »
« Notre religion, notre douce langue française, nos institutions et nos lois, ces choses-là sont sacrées comme les vases
de l’autel. Et que jamais un traître ne se lève pour porter sur ces trésors une main sacrilège, car l’on verra alors à l’appel des jeunes, tout un
peuple se lever pour flageller le traître. »
« Nous soulignons notre loyauté à la Couronne britannique; mais avant le respect de l’Empire, nous plaçons
l’intérêt du Canada, notre patrie, et le premier de nos amours est notre chère Province. »
« Illustre Champlain, cette Province qui est restée la tienne, nous la voulons française et catholique, nous la voulons
digne de toi, digne de la race qui l’habite. »
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