Histoire et patrimoine

Mardi 30 juin 2009 2 30 /06 /Juin /2009 12:29

La Villa Montcalm avant sa destruction

J’ai passé une grande partie de mon enfance à observer la beauté du fleuve sur un promontoire situé à moins de 5 minutes de ma demeure.  Des années plus tard, j’ai appris que ce poste d’observation était le même que celui du marquis de  Montcalm en 1759.  De cet endroit, le chef de guerre de l’armée française disposait d’une vue imprenable de Québec et de ses environs.  Il s’est empressé de réquisitionner le site ainsi que les quelques demeures qui s’y trouvaient.  Avec le temps, l’ensemble des bâtiments ont disparu sauf le QG du général.  Surnommé « Villa Montcalm », il fut la demeure d’un riche brasseur ainsi que de deux maires de la municipalité  de Beauport. Le tout fût cédé à l’exploitant d’une carrière située à proximité du site.  Avec le temps, l’endroit disparaît dans  l’oubli.  Le propriétaire  y fait un entretien minimum et deux familles y demeurent.   En 1977, à la veille de l’homologation du statut historique du bâtiment, le propriétaire des lieux rase la maison.  À l’époque, les archéologues de Québec considèrent cette perte comme « une démolition zélée ».  On a d’ailleurs rajouté l’insulte à l’injure en allant jusqu’à jeter les débris dans un site d’enfouissement…

 

 À quelques dizaines de mètres du site, un ancien Centre jeunesse occupe un immense espace.  Il a été estimé  que la rénovation du bâtiment serait trop coûteuse.  À l’abandon depuis des années, ce lieu  se cherche désespérément une autre vocation.  En 2005, la compagnie « Olymbec » acquiert tout le lot de la corporation d’hébergement du Québec, un organisme gouvernemental qui gérait l’endroit.  Il était  question de raser le centre pour en faire un édifice à condos.  Pour des raisons plutôt obscures, « Olymbec » refuse la transaction lors de la signature du contrat de vente. En attendant que les tribunaux tranchent le litige, la Société d’art et d’histoire de Beauport souhaite qu’une portion du site soit protégée et aménagée. 

 

Comme le poste d’observation de l’armée anglaise est préservé, on souhaite pouvoir faire la même chose pour les anciennes installations françaises.  L’avenir nous dira probablement si  la ville sera capable de rendre accessible au public ce merveilleux endroit

 

Par Claude Rouleau - Publié dans : Histoire et patrimoine - Communauté : Blogueurs du Québec
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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 11:50

 

Une vue du Palais Montclam prise en hiver de nuit...

 

Après des travaux majeurs, échelonnées sur plusieurs années, le Palais Montcalm a repris le titre de « maison de la musique » pour  la plus joie des mélomanes.    Cet endroit, voué aux arts de la scène et aux divertissements,  a subi une importante cure de jouvence. Inauguré en 1932, ce grand édifice public abritait l’Institut canadien et sa bibliothèque publique, l’une des plus grandes salles de spectacle de Québec ainsi qu’une piscine municipale. Dans les années quarante, lors du déménagement de L’institut canadien,  l’espace vacant fut comblé par la station régionale de Radio-Canada.  Pendant plus de 30 ans, ce poste de radio émit ses émissions de cet endroit. La grande salle de 1200 places servit de pied-à-terre à une troupe de théâtre professionnelle en plus de recevoir de nombreux artistes de passage.  Rénové à deux reprises elle devient, vers le milieu des années 80,  le point d’ancrage « des violons du Roy » un orchestre classique d’une quarantaine de musiciens dédié à la musique baroque.  Une dizaine d’année plus tard, le complexe ferme ses portes.  À la recherche d’une vocation spécifique  et ayant besoin de travaux de rénovations majeures,  le Palais Montcalm cesse ses opérations. 

 

Plusieurs options sont envisagées pour revamper les installations de ce complexe.  Dans un premier temps, devant le nombre de lieux de spectacle de cette envergure, il n’est pas pensable d’en faire une salle polyvalente.  Par contre, l’on se rend compte qu’il n’existe pas de site dédiée à la musique classique.  Un consensus apparut rapidement.  « Les violons du Roy », qui a occupé les lieux pendant quelques années, proposent d’en faire leur pied-à-terre permanent et de produire des concerts pour petits et moyens ensembles.  Après quelques réflexions cette idée devient un projet concret.  Le Palais Montcalm va devenir une maison de la musique. 

 

Les travaux de rénovations vont devenir une sorte de cauchemar.  Les retards s’accumulent devant des impondérables non prévus.  Il a fallu solidifier le sol lors du creusage du plancher de la future salle.  Les murs ont dû recevoir une isolation supplémentaire à cause d’un terminus de transport en commun à proximité.    Lors de la réfection du toit, un incendie est venu détruire une partie non négligeable des travaux déjà terminés.  Pour finaliser le tout, l’entreprise, supervisant le chantier, a déposé une hypothèque légale de manière à être  payée.  Les autorités municipales refusaient  de verser l’argent demandé  à cause du dépassement des coûts.    Il a fallu une entente hors cour pour que les parties puissent s’entendre à l’amiable. 

 

Tous s’entendent pour dire que la qualité acoustique de cette salle est  exceptionnelle.   Ce lieu est devenu un rendez-vous incontournable pour de nombreux amateurs de musique et j’en suis fort heureux….  

 

Par Claude Rouleau - Publié dans : Histoire et patrimoine - Communauté : Blogueurs du Québec
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 12:39

Pour embellir l’une des extrémités de la terrasse et commémorer le passage de Samuel de Champlain, la Société St-Jean Batiste propose d’y installer un monument à la gloire du fondateur de ma cité. Ce dernier est dévoilé le 21 septembre 1898 par nul autre que Lord Aberdeen, gouverneur-général du Canada. Son socle fut dessiné par Paul Cardonnel, architecte officiel de la ville.

Les deux sculptures qui ornent l’ensemble sont l’œuvre de Paul Chevré, un artiste Français. Plusieurs détails de cette installation font parti de la petite histoire. La pierre, qui a servi à construire le monument, est la même que l’Arc de Triomphe de Paris. Pour donner une image au personnage, l’artiste s’est servi du physique de Particelly d’Emery, un contrôleur des finances à la réputation douteuse. Il y a aussi une erreur de taille lorsque l’on lit l’une des plaques se trouvant sur le monument.

 Champlain n’a jamais été gouverneur de Québec, ce rôle a appartenu à Charles Huault de Montmagny (1636-1648). Malgré la célébrité de cet explorateur, il n’existe aucun portrait de Samuel de Champlain. Les illustrations existantes sont le fruit de l’imagination des artistes qui ont tenté de lui donner un visage. Il en est de même pour son lieu de sépulture. René Lévesque, un archéologue amateur à la patience légendaire, a eu beau chercher dans tous les recoins de ma cité, il n’a rien trouvé jusqu’à maintenant. Même si Champlain trône sur ma cité, il est intéressant de constater qu’il existe encore des zones obscures.

Par Claude Rouleau - Publié dans : Histoire et patrimoine - Communauté : Blogueurs du Québec
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Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /Juin /2009 12:25

Voici un article, paru dans le journal « Le soleil » du 24 juillet 1908. Il décrit la revue militaire, présidée par le prince de Galles, juste avant la cérémonie de la dédicace des Plaines d’Abraham.

 
Plus de 18,000 hommes de troupes ont défilé devant le Prince de Galles : marins, fantassins, artilleurs, cavaliers, et dans son ensemble, cette manifestation a été admirablement réussie.
 
Un temps idéal – le temps du Roi – favorisait cette démonstration.
 
Dès huit heures et demie, les troupes commencèrent à se diriger vers les plaines d’Abraham. Les marins anglais, puis les marins furent les premiers à arriver. Ils furent les uns et les autres, sur le parcours, l’objet d’enthousiastes ovations. Dès neuf heures, les troupes avaient pris position sur le terrain.
 
La première était formée des marins français, américains, et de divers corps d’infanterie. Cette ligne s’étendait sur toute la longueur du terrain, et présentait un imposant coup d’œil avec ses uniformes variés, aux couleurs éclatantes sur lesquels jouait le soleil.
 
La seconde ligne était formée des troupes d’artillerie et de cavalerie. Les uns et les autres étaient formées en masses profondes sur une compagnie de front. 
 
Aucun de ceux qui ont assisté à cette revue n’oubliera le merveilleux spectacle que présentait ce rassemblement de troupes concentrées sur les Plaines d’Abraham…
 
Les troupes, une fois rendues sur les emplacements, formèrent les faisceaux, et se firent spectatrices intéressées des défilés des autres régiments qui traversaient le terrain, musique en tête. Une ovation fût fait aux  Royal Scots  par leurs frères d’armes.
 
Pendant ce temps, les tribunes se remplissaient rapidement, et le coup d’œil de cette foule où se mêlaient agréablement les costumes des officiers avec les toilettes somptueuses des dams, le tout encadré dans une profusion de drapeaux et de banderoles claquant la brise, offrant un spectacle enchanteur.
 
Au centre des tribunes, et en avant, se dressait le pavillon du Prince., fort gracieusement décoré. Les hôtes de distinction ne tardèrent pas à affluer à cette tribune., et, dès dix heures, lady Grey en fit les honneurs. Nous y avons remarqué l’dmiral Juréguiberry avec son aide de camps, le commandant Lavenir, Sir Frederick Borden, ministre de la milice, en costume officiel, lors Norfolk, M Fairbanks, vice-président des États-Unis, le comte de Loynes, consul général de la France, puis un peu plus tard Sir Wilfrid Laurier dont l’apparition fut le signal de nombreuses acclamations.
 
Sir Wilfrid était accompagné de lady Laurier. Sir Louis Jetté, gouverneur de la province de Québec, et Lord Strathcona étaient aussi au nombre des invités du Prince.
 
A dix heures et demi, le Prince de galles, en uniforme de général de l’armée anglaise, arriva sur le terrain, accompagné d’un brillant état-major, et d’une escorte de cavaliers de la Police-montée. Il s’avança aussitôt devant les tribunes. Dès que l’arrivée du Prince fut signalée, on hissa le drapeau royal sur le kiosque d’honneur, les clairons retentirent, les fanfares jouèrent l’hymne royal, et les troupes se mirent sous les armes. Le Prince commença immédiatement la revue. Il était précédé des officiers d’état-major général et des divers aides de camp, ainsi que de l’inspecteur général, et des membres du conseil de la milice.
 
Le Prince qui montait un magnifique cheval noir, était accompagné de Lord Grey, portant l’uniforme de commandant-en-chef de l’armée canadienne, de lord Roberts, qui tenait en main labâton de maréchal, et du général Pole-Carew. Il était suivi des lords Analy et Dudley, de Sir John Arthur Bigge, de Sir John Hanbury-Williams,
 
Le Prince passa successivement en revue les divers corps de troupes, saluant les étendards des régiments.
 
Les musiques militaires jouèrent presque toutes pendant la revue, l’hymne O Canada, qui fût ainsi et définitivement consacré comme le véritable chant national canadien. D’ailleurs, de l’avis de tous, Français, anglais, Américains, comme Canadiens, cet air magnifique est bien digne d’être adopté comme chant national : il est d,une inspiration vraiment grandiose…
 
Par Claude Rouleau - Publié dans : Histoire et patrimoine - Communauté : Histoire Géographie
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 11:46

Le clocher du petit séminaire de Québec. Les
locaux de l'université Laval s'y trouvait en 1908.

Vous êtes installé au fond de la grande salle de l’université Laval. Au cœur de l’un des plus anciens quartiers de la vieille ville, vous vous retrouvez à l’avant-scène de la vie intellectuelle de Québec. En tant que journaliste, on vous a fourni un carnet d’invitation vous permettant d’assister aux délibérations de la Société Royale du Canada. Cet organisme a pour tâche de promouvoir la culture et les sciences qui ont été réalisées sur le territoire canadien. Il va sans dire qu’en cette année du tricentenaire de la naissance de Québec, les délibérations annuelles de cette vitrine canadienne ont lieu dans la ville de Champlain. Parmi les écrivains et scientifiques de premier plan, il vous sera possible de prendre le pouls des courants idéologiques ayant court au pays. Au fur et à mesure que les jours passent, vous pouvez écouter les propos de ceux qui façonnent la pensée de cet immense pays qui ne demande pas mieux que de proposer sa vision inédite, propre au Canada, à l’ensemble du monde. 

 

Les réunions de ce groupe ont toutes un air convenu. Sur un thème donné, des personnalités francophones et anglophones font une allocution particulière.  Puis, lorsque les discours sont terminés, un écrivain est invité à lire un poème venant appuyer les dires des  précédents orateurs. La soirée, à laquelle vous assistez, est particulièrement intéressante, car pour la circonstance, Pamphile LeMay, un de nos plus fougueux écrivains, nous offre un  poème glorifiant l'explorateur intrépide qu’était Champlain. Cette sommité ,du monde de la littérature, a le mérite d’avoir tenu la direction de la bibliothèque de la législature du gouvernement provincial pendant 25 ans. Il a su reconstituer à deux reprises le fond livresque de cette Institution, après les incendies du parlement québécois. Écrivain prolifique, il laisse un important  héritage constitué d’une œuvre riche en romans, pièces de théâtre et nombreux essais. En plus, il est l’un des membres fondateurs de la Société Royale du Canada. Voici donc,  pour votre plus grand plaisir, un extrait de ce poème lu en juillet 1908, lors de cette soirée mémorable. 

 

 

CHAMPLAIN

 

Le chant des marins

 

Où courez-vous?… Le vent s’élève et le flot roule.

Le départ sonne-t-il?… Vive Dieu!  Quelle foule!

La grève a des sanglots, mais les cieux sont sereins.

Vogue, barque… Écoutez la chanson des marins :

 

Au levant qui se rose ont pâli les étoiles;

La brise matinale agite au loin des eaux.

Alerte, les gabiers!  Hissez toutes les voiles!

La corvette fuira comme les grands oiseaux;

Sans peur mettons le cap vers un lointain rivage.

Adieu, France la grande!  Adieux terre des preux!

Ton nom fera tomber les fers de l’esclavage,

Et passer des éclairs sous les bois ténébreux.

 

Tu berças, vaste mer, notre confiance hardie,

Tes chants nous seront doux sur les bords étrangers;

Notre âme de marin ne s’est pas engourdie,

Et Dieu, qui le sait bien, la garde des étrangers.

Que notre barque, ô mer! comme le champs te laboure!

Ne ressembles-tu pas au sol rude et fécond?

Et n’es-tu pas souvent notre tombeau profond?

 

Maître, mousse, ou gabier, que chacun soit au poste.

Le devoir et l’audace achètent le succès.

Par delà l'océan, va beau navire, Accoste
La terre où germeront, demain, des cœurs français.

Ne gémis pas sur nous, vieille France chrétienne,

Si d’une allègre voix nous te disons adieu.

Nous voulons te grandir encor.  Quoiqu’il advienne,

Nous n’avons rien à craindre avec le Don de Dieu.

 

 

Pamphile LeMay,  Québec  1908.


Par Claude Rouleau - Publié dans : Histoire et patrimoine - Communauté : Histoire Géographie
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