Vers la fin des années 70, au théâtre du Petit Champlain, j’ai eu l’occasion d’entendre un artiste qui venait de marquer le paysage de la
musique québécoise. Même si ce chanteur avait acquis une notoriété, il devait démontrer qu’il était
capable de faire cavalier seul sans la présence des membres du groupe dont il était issu. L’horizon de la culture québécoise prenait les couleurs d’un superbe arc-en-ciel qu’il conserve toujours
depuis ce temps. Il n’en demeure pas moins que Michel Rivard avait tout à prouver à cette
époque. Serait-il capable de se détacher de l’orbite de la légendaire formation « Beau Dommage »? Je dois dire que j’ai eu droit à un spectacle de facture intimiste. Sur la scène, il n’y avait que lui, sa guitare
et un piano solitaire. Je ne savais trop à quoi m’attendre. Il va sans dire que je me suis retrouvé
subjugué devant la performance qui m’a été offerte. Il était facile de deviner l’assurance et la
détermination de ce créateur qui avait choisi d’interpréter ses propres compositions, et ce, sans aucun artifice. À la fin de cette prestation, nous étions unanimes pour dire que Michel Rivard deviendrait un pilier au sein de la chanson d’ici. Il m’est impossible d’oublier « Le retour de Don Quichotte » que j’ai entendu pour la première fois lors de ce récital. À ce moment-là, j’ai su que cet artiste deviendrait une icône de la musique
québécoise au même titre que Félix Leclerc et Gilles Vigneault. Quelques décennies plus tard, on peut affirmer qu’il fait partie de la culture d’ici et j’en suis fort heureux.
En 1994 l’étiquette « Audiogram » lance un CD fort original. Il s’agit de « La symphonie du Québec » qui reprend les meilleures chansons des artistes de ce label. Les chanteurs interprètent leurs mélodies et sont accompagnés par un orchestre de plusieurs dizaines de musiciens. Ce projet a été une heureuse initiative. De pouvoir entendre une chanson comme « Je voudrais voir la mer » avec ce genre d’arrangement devenait une véritable expérience. J’ai beaucoup aimé cette tentative de donner une autre couleur à des chansons qui vibraient déjà dans le monde. Je me suis dit qu’il faudrait reprendre ce genre d’initiative puisque le résultat obtenu en valait vraiment la peine.
L’automne dernier, avec la complicité de l’orchestre symphonique de Montréal, Michel Rivard reprend le concept. Sous la direction de Jean-François Rivest, l’album « Rivières » nous invite à découvrir une suite de 10 chansons issues du répertoire de cet artiste. Les arrangements glissent comme le courant d’une rivière se déversant vers le fleuve. Cette relecture, de l’univers de Michel Rivard, nous donne l’opportunité de découvrir une profondeur qui semblait rester juste en surface auparavant. J’ajouterais que j’ai adoré cet album parce qu’il apporte une nouvelle dimension dans l’œuvre de cet artiste au parcours exceptionnel.
Si cet album ne fait pas encore partie de votre discothèque, je vous conseille fortement de vous le procurer. Vous avez beau connaître de long en large les chansons de cet artiste, je suis certain que vous ne les avez jamais entendus de cette manière. À chaque fois que j’écoute « Rivières », je trouve un petit quelque chose de plus qui me fait aimer davantage Michel Rivard. Alors, allez-y et faites-vous plaisir… vous ne le regretterez pas!
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