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Le premier ministre du Québec présente le parlement ainsi que les relations France-Québec au président de la République française. Il s'agit d'un discours prononcé par Jean Charest lors de la visite de Nicolas Sarkozy à l'Assemblée Nationale du Québec. Cette dernière s'est faite en octobre 2008, dans le cadre du sommet de la francophonie, à l'ombre du 400e anniversaire de la ville de Québec... Je me donne le droit de retranscrire ce texte parce qu'il renferme plusieurs explications historiques et sociales d'une grande pertinance. Je tiens aussi à préciser que je ne suis pas un partisan de Jean Charest ni du parti libéral du Québec.
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Nicolas Sarkozy et Jean Charest
Monsieur le Président de la République, votre visite est forte de symbole. Tout comme ce lieu où nous trouvons. Ce parlement porte le double héritage de la nation québécoise.
Derrière ses murs inspirés du second empire français se tiennent, dans la langue de Molière, des débats vigoureux selon les règles du parlementarisme britannique. L’architecte-artiste qui a
conçu les plans de ce Parlement, Eugène-Étienne Taché, a inscrit dans la pierre de cet édifice la devise « Je me souviens », faisant ainsi allusion aux héritages, français et
britannique, qui constituent le Québec. Dans quelques minutes, nous serons dans la salle du Conseil législatif, que nous appelons le Salon rouge. Je vous invite à remarquer l’immense
toile au fond de cette salle. Elle est l’œuvre du peintre Charles Huot et s’intitule « Le conseil souverain ». Elle nous ramène à l’époque du régime français. En 1663, Louis
XIV avait institué « le conseil souverain de la Nouvelle-France » pour assurer les pouvoirs législatifs, judiciaires et administratifs. Ici, nous sommes dans la salle de
notre Assemblée Nationale, le Salon bleu. L’immense toile derrière moi est aussi une œuvre de Charles Huot, elle s’intitule « le débat des langues ». Elle fait référence à
l’un des premiers débats ayant eu lieu dans ce qu’on appelait alors la chambre d’assemblée du Bas-Canada. Le 21 janvier 1793, lors de cette séance, il y a donc 215 ans, il fut proposé que
les discussions auraient lieu en français autant qu’en anglais, sans préséance pour l’anglais qui était, à cette époque, la langue d’un pouvoir autoritaire. Ce n’est pas d’hier,
Monsieur le Président, que l’on se bat ici pour que le français ait droit de cité. Et, justement sur cette question de la langue, je dois vous prévenir, Monsieur le Président,
qu’aujourd’hui et en ces lieux, c’est vous qui avez un drôle d’accent.
L'intérieur du "salon bleu"
de l'Assemblée Nationale du Québec
Mesdames, Messieurs,
Le Québec puise en France une part essentielle de son identité. Les aléas, les retours de l’Histoire, même un silence de deux siècles, n’ont jamais rompu notre lien. Notre mémoire reste ancrée en Poitou-Charentes, en Normandie, en Île-de-France. Elle reste ancrée à LaRochelle, Saint-Malo, Bordeau et Brouage… Notre histoire est liée. Elle fut dans un passé lointain, comme un passé récent. Rappelons-nous que trois siècles après que des fils de la France eurent posé le pied le pied au Cap Diamant, des fils du Québec faisaient à deux reprises le chemin à rebours, aux côtés des alliés, pour libérer la France. Nous sommes unis par le temps, le cœur et le sang.
Nous avons fait notre chemin de part et d’autre de l’Atlantique et ce sont, comme vous le dites, Monsieur le Président, deux peuples frères qui se sont
retrouvés pour rétablir en 1964 une relation diplomatique directe, privilégiée et unique dans l’histoire du monde. Ce que le général De Gaulle appelait « une rameau de la France en
Amérique » est devenu un arbre qui a poussé à côté de l’arbre français.
La première délégation du Québec à Paris
Cette relation rassemble, en France comme au Québec, tous les partis politiques confondus. Elle rassemble nos nations. Elles rassemblent nos familles et nos citoyens. Aux premiers échanges, sur les plans de la jeunesse et de l’éducation, ont succédé les visites alternées des premiers ministres. Le Québec et la France s’accompagnent maintenant sur tous les plans.
Il allait de soi que la France soit au cœur des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec. Et je tiens, à ce moment, à remercier deux grands amis du Québec et anciens premiers ministres de France, M. Jean-Pierre Raffarin, président du comité français du 400e anniversaire de Québec, et M. Alain Juppé, maire de Bordeaux, pour l’appui au rayonnement de ces fêtes.
C’est la culture qui nourrit avec le plus de bonheur notre relation. Il existe une signature québécoise, mélange d’intelligence, d’audace, de créativité que la France a su accueillir. Et la France, à son tour, nous enrichit de sa littérature, de son cinéma, de ses avant-gardes, comme elle nous a bercés de sa chanson. Nos cultures aujourd’hui se fondent et se mêlent : de Victor Hugo à Félix Leclerc, nous nourrissons à travers tous nos accents « la langue de chez-nous ».
Nos échanges mobilisent aujourd’hui nos gouvernements, nos entreprises, nos maisons d’enseignement, nos régions, nos citoyens. Cette amitié, entre la
France et le Québec est le lieu de tous les possibles. Elle ne cesse d’évoluer et d’accumuler les précédents. En 2004, aux côté du premier ministre Jean Raffarin, nous avons portés
pour la première fois la coopération France-Québec hors de nos territoires nationaux lors d’une mission conjointe au Mexique. En 2006, c’est grâce au leadership de la francophonie, du Canada et
du Québec, et de la France que l’UNESCO a adopté une convention protégeant la diversité des expressions culturelles. Aujourd’hui, le Québec continu de grandir. C’est avec la France
qu’il se donnera un nouvel espace. Les descendants de Champlain, qu’ils soient d’Europe ou des Amériques, ont décidé à leur tour, 400 ans après, de se donner un nouvel espace. Ce nouvel
espace prendra la forme d’une entente transatlantique entre l’Europe et le Canada, qui sera négocié grâce au leadership du Québec. Cette entente doit aller plus loin que jamais auparavant
dans la coopération entre deux continents. Aujourd’hui, la France et le Québec donneront naissance à ce nouvel espace en signant une entente sur la mobilité de nos citoyens. Cette
entente nous procure une nouvelle liberté : la liberté d’être reconnu, de travailler, de créer et de pouvoir construire ensemble dans un pays ami. Nous inventons. Nous
innovons. Et nous le faisons en français. Aujourd’hui, le Québec et la France donnent l’exemple. Ici, l’Ancien et le Nouveau-Monde, la France et le Québec, empruntent le même
chemin.
Place de Paris à Québec
C’est dans cet esprit de collaboration et d’engagement que nous serons ensemble pour le XIIe Sommet de la Francophonie. De nouveaux défis se présentent à nous. La Francophonie internationale
est un des rares forums Nord-Sud. Elle offrent une voie de coopération inédite pour s’attaquer à un des grands enjeux de notre siècle. Celui de la lutte contre les changements
climatiques.
Ce somment devra aussi engager nos nations dans la promotion de notre langue commune qui, trop souvent, trop facilement, cède le pas devant la langue anglaise. Cette langue, c’est le sang qui coule dans nos veines; cette pensée, c’est celle des Lumières; ces mots, ce sont les premiers qui ont donné vie aux droits de l’homme. La relation France-Québec plonge ses racines dans le sol de l’histoire; cette coopération est aujourd’hui un arbre géant dont les fruits sont une nouvelle source de liberté.
Mesdames, Messieurs,
La présidentielle française a révélé l’an dernier une France dans une œuvre de modernisation et de réforme. Elle a révélé un gouvernement d’ouverture, duquel émergent de nouveaux visages, expression de la diversité française. Elle a révélé surtout une homme d’action, un réformateur persévérant et courageux; un homme d’État dont je salut le leadership. Monsieur le Président, c’est un peuple grand et fier qui vous accueille aujourd’hui dans sa demeure et dans sa langue. Collègues parlementaires, distingués invités… le président de la République française, monsieur Nicolas Sarkozy..
Publié le 30/07/2009 à 00h48 dans Événement